Lilith n'est pas un astre. C'est un vide que le calcul situe dans le thème astrologique, de trois façons différentes, et j'ai donné un visage à chacune. Je voudrais expliquer ici ce qu'est ce vide, pourquoi il se calcule trois fois, et pourquoi trois calculs demandent trois visages.
Lilith : ce qu'est la Lune Noire
Je commence par le fait astronomique, parce que tout le reste en dépend. La Lune tourne autour de la Terre sur une ellipse, et une ellipse a deux foyers. La Terre occupe l'un ; l'autre reste vide. La direction de ce second foyer, projetée sur le zodiaque, est ce que l'astrologie appelle la Lune Noire, et qu'elle nomme Lilith. Je peux calculer cette direction, la placer dans un signe et une maison, en suivre le déplacement. Aucun télescope n'y montrera jamais rien, et pourtant ce foyer définit avec la Terre un axe. C'est ce paradoxe qui m'a retenu.
Le nom a une histoire, et je préfère la rappeler pour écarter une confusion fréquente. En 1898, un astronome publia les éléments d'un second satellite de la Terre, et jusque dans les années 1930 on parla de Lilith comme d'un corps céleste à découvrir. En 1937, Dom Néroman déplaça le regard : la Lune Noire ne désignait plus une lune cachée, mais le foyer inoccupé de l'orbite lunaire. C'est ce vide que je désigne par ce mot, jamais un satellite hypothétique, ni l'astéroïde 1181 Lilith, qui est un autre objet et un autre point du thème.
Je dois aussi dire tout de suite ce que la Lune Noire est pour moi, et ce qu'elle n'est pas. La plupart des pages consacrées à Lilith en font d'emblée la zone d'ombre du thème : les désirs refoulés, la part sauvage, la faute à expier. Je ne dis pas que cette ombre n'existe pas. Je dis qu'elle n'est pas l'identité de la Lune Noire, mais ce qu'elle devient quand son appel est refoulé.
Les Lunes Noires ne procèdent d'aucune faute originelle, et l'ombre n'est pas leur identité. Lilith ouvre un processus. Elle incarne un devenir, pas une erreur à expier.
La Lune Noire, les trois visages de l'Appel, tome 1
Un vide n'est pas une faute. C'est une place laissée ouverte, qui appelle. Tant que l'appel est entendu, quelque chose peut y prendre forme. Quand il est refusé, étouffé, l'inaccompli ne disparaît pas : il change de visage, et c'est alors que la Lune Noire devient une zone d'ombre où siègent des monstres. Le mythe en donne le nom.
Ce que l'on refuse de regarder finit par regarder à notre place, et nous fige. Méduse est l'Appel du vivant devenu terreur parce qu'il n'a pas été entendu ; elle surgit du dedans, dans les rêves et les obsessions, ou se fixe au-dehors sur une personne ou une situation, qui devient alors un miroir du dedans.
La Lune Noire, les trois visages de l'Appel, tome 1
Athéna et Méduse appartiennent à la même histoire : c'est Athéna, raconte Ovide, qui changea la chevelure de Méduse en serpents. La déesse et le monstre sont les deux visages d'un même rappel, accueilli ou refusé. L'image folklorique de Lilith, la démone, la femme sauvage, l'ombre qu'on exorcise, a ses racines dans ce refus de l'appel : elle décrit ce que devient la Lune Noire quand on ne l'écoute pas, et on l'a prise pour la Lune Noire elle-même. Toute la question, pour moi, est donc de savoir ce qui peut prendre forme dans ce vide, avant que le refus ne le peuple.
Trois calculs
Si l'orbite de la Lune était une ellipse fixe, il n'y aurait qu'une Lune Noire et je n'aurais pas écrit ce livre. Mais l'orbite se déforme sans cesse sous l'attraction du Soleil, et son grand axe tourne. Selon ce que l'on retient de ce mouvement, la position de l'apogée, donc de la Lune Noire, se détermine de trois façons.
La Lune Noire Moyenne garde la direction régulière de l'axe, débarrassée de ses irrégularités. Elle avance d'environ quarante degrés par an.
La Lune Noire Vraie épouse l'état instantané de l'orbite. Elle avance, ralentit, stationne, rétrograde, et peut s'écarter de la Moyenne jusqu'à une trentaine de degrés.
La Lune Noire Corrigée suit les passages réels de la Lune à son apogée, d'un passage au suivant. Sa courbe est plus souple que celle de la Moyenne, plus calme que celle de la Vraie.
Les logiciels en proposent généralement une ou deux et laissent choisir. Je ne choisis pas. Je lis les trois, parce qu'elles ne répondent pas à la même question, et c'est ce point que je veux établir avant d'aller plus loin. Cette histoire des calculs ne va pas d'une approximation vers une exactitude enfin atteinte : elle sépare trois manières d'interroger une même direction. Les trois calculs sont détaillés sans jargon sur la page Lune Noire vraie, moyenne ou corrigée.
Trois visages : pourquoi
Voici le cœur de ma méthode, et je dois l'expliquer avec soin. Si les trois calculs sont trois questions posées au même vide, un chiffre ne suffit plus à les lire. Une position en degrés me dit où se trouve chaque Lune Noire ; elle ne me dit pas ce que chacune demande. Pour lire une question dans une vie, il me faut lui donner une forme que je reconnais. C'est ce que fait un visage. J'en ai donné un à chaque calcul, et je ne l'ai pas choisi pour sa poésie : je l'ai choisi pour ce que le calcul fait réellement.
L'Alicorne, pour la Lune Noire Moyenne
La Moyenne maintient le cap. Elle indique une direction, et rien d'autre : elle n'avance pas, elle n'a ni corps ni souffle. J'ai nommé Alicorne la direction qu'elle dégage. Le mot désignait en ancien français la corne de la licorne, et je l'ai choisi pour sa forme : une pointe coupée de l'animal, qui montre un but sans pouvoir y aller.
Une corne pointe vers un but ; coupée de l'animal, elle n'a ni jambes, ni poids, ni souffle pour y aller, et c'est exactement la situation de la Lune Noire Moyenne. Elle indique sans avancer.
La Lune Noire, les trois visages de l'Appel, tome 1
Cette direction persistante, je l'appelle une essence : le fil qui relie les formes successives d'un être et fait de ses changements une seule histoire. Les détours passés ne deviennent pas des erreurs, car l'Alicorne découvre le fil qui les traversait même quand le chemin s'en éloignait. L'Alicorne pose la question du cap.
Athéna, pour la Lune Noire Vraie
La Vraie éprouve l'instant. Elle suit une ellipse recalculée à chaque moment, un vêtement ajusté sur un corps en plein geste, et ses oscillations montrent combien toute forme devient provisoire quand elle cherche à saisir le vivant. À l'appel de l'essence répond ici ce que je nomme l'appel du vivant : les besoins, les instincts, les mémoires, tout ce qui pousse du dedans et finit par ouvrir la forme devenue trop étroite. Une graine en donne l'image la plus simple : sa coque la protège une saison, mais si la coque restait intacte, elle emprisonnerait ce qu'elle devait garder.
La Lune Noire Vraie ne provoque donc pas la crise : elle révèle la forme qui ne suffit plus, et le vivant répond par un désir, une peur, une colère ou la nécessité de changer. Rien ne descend dans la graine ; quelque chose demande à en sortir.
La Lune Noire, les trois visages de l'Appel, tome 1
Pourquoi Athéna ? Parce qu'elle représente l'intelligence qui discerne, au milieu d'une situation mouvante, ce qui ne peut plus être différé. Dans l'Odyssée, elle vient à Télémaque sous les traits d'un étranger, lui fait entendre qu'une route existe hors de l'attente, puis disparaît ; le lendemain, il convoque l'assemblée et part. Athéna montre ce qui demande à naître ; elle ne naît pas à notre place. Athéna pose la question de l'instant.
La Licorne, pour la Lune Noire Corrigée
La Corrigée cherche l'accord. Sa courbe respire entre le cap de la Moyenne et les écarts de la Vraie, et elle pose à mes yeux une seule question : comment une orientation peut-elle traverser les mouvements du vivant sans cesser d'être elle-même ? J'ai donné ce calcul à la Licorne parce qu'elle réunit ce que les deux autres visages séparent : la corne, qui concentre le regard dans une direction, et le corps de cheval, souffle, instinct et mouvement, les quatre sabots dans la matière. La traduction m'en donne une autre image : le traducteur ne reproduit pas chaque mot, et fait pourtant passer un sens sans le dénaturer.
Le ciel indique une direction et la terre fournit l'énergie, mais aucun des deux ne choisit à notre place la forme que prendra leur rencontre.
La Lune Noire, les trois visages de l'Appel, tome 1
La Licorne pose la question de la réponse : celle qu'une conscience donne, par un choix, quand elle a écouté l'une et l'autre.
Un seul vide, trois questions
Je tiens à cette formule, parce qu'elle protège de deux erreurs symétriques. La première consiste à croire que la Lune Noire Vraie est plus vraie que les autres : le mot désigne l'état instantané de l'orbite, non un degré supérieur de vérité. La seconde consiste à n'en lire qu'une. Le cap sans la poussée est une abstraction ; la poussée sans le cap est une crise sans direction ; l'accord n'a de sens qu'entre les deux. Trois calculs, donc, mais un seul vide, et chaque calcul reçoit un visage parce que chacun pose une question différente.
Ce que ce vide demande, quand il revient malgré tout ce qu'on fait pour l'apaiser, je le nomme l'Appel.
Le désir naît d'un écart entre ce qui est et ce qui n'est pas encore. Dans un thème, je lis la Lune Noire comme le lieu où cet écart se fait sentir. On peut tenter d'apaiser ce manque par davantage d'efforts, d'amour, de réussite ou de savoir ; l'apaisement dure un temps, puis le vide revient.
La Lune Noire, les trois visages de l'Appel, tome 1
Lire les trois Lunes Noires dans un thème
Le signe donne une qualité à l'Appel : il me montre la manière dont la direction cherche à devenir reconnaissable, avec l'exigence propre à chaque signe et le risque de la confondre avec un absolu à atteindre parfaitement. La maison me dit dans quel domaine de la vie l'Appel se fait entendre. Les aspects me montrent avec quelles forces il compose. Et je constate, thème après thème, que les trois Lunes Noires sont souvent dans des signes différents, parfois dans des maisons différentes. Prenez une Moyenne en Taureau et une Vraie en Gémeaux : le cap demande une forme assez solide pour durer, et ce qui appelle dans l'instant, dans le corps, demande de relier, de nommer, de bouger. C'est là, dans cet écart, que la lecture commence.
Chaque Lune Noire déploie en outre une croix, quatre stations qui vont du manque à la réponse. J'ai réservé ces répertoires, par signe et par maison, au tome 2, et l'application les trace sur le thème. Les pages de ce site en présentent un extrait, signe par signe et maison par maison. Et parce que la Lune Noire ne reste pas où elle était à votre naissance, une section suit ses passages : Lilith en transit.
Lune Noire et Nœuds lunaires
On me demande souvent si Lilith et les Nœuds lunaires disent la même chose, puisqu'ils appartiennent à la même orbite. Ils ne répondent pas à la même question. La Lune Noire dit pourquoi et vers quoi l'œuvre appelle ; le Dragon des Nœuds montre comment la matière y entre. L'un ouvre une direction, l'autre fournit ce qui pourra la suivre, lui résister, et finalement lui donner corps.
Questions fréquentes
La Lune Noire est-elle une planète ?
Non. C'est un point calculé, le second foyer de l'orbite que la Lune décrit autour de la Terre. Aucun corps ne s'y trouve. Je la distingue de l'astéroïde 1181 Lilith, qui est un objet réel et un autre point du thème.
Lune Noire et Lilith, est-ce la même chose ?
En astrologie, oui : Lilith est le nom mythologique donné à la Lune Noire. Je nuance en revanche la lecture habituelle de Lilith comme ombre ou révolte : la Lune Noire est d'abord un vide qui appelle une réponse. Elle devient une zone d'ombre, et Méduse y siège, quand cet appel est refoulé.
Pourquoi trois Lunes Noires et pas une ?
Parce que l'orbite de la Lune bouge, et que trois calculs en retiennent trois choses différentes : la direction de fond, ce qui appelle dans l'instant et dans le corps, le mouvement réel d'un apogée au suivant. Trois questions, donc trois visages, que je lis ensemble.
Quelle Lune Noire faut-il utiliser, vraie ou moyenne ?
Les trois. La moyenne donne le cap, la vraie montre ce qui appelle dans l'instant, dans le corps, la corrigée cherche l'accord entre les deux. Aucune n'est plus exacte que les autres. L'application les affiche toutes les trois.